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Nicolas Bonnet : A quand le stade de l'émancipation?

Tribune publiée dans l'Humanité le 22 mars 2010, par Nicolas Bonnet, responsable de la commission sport du PCF

Adjoint au maire du 12e arrondissement de Paris

 

Le 22 mars 2011, l’Assemblée Nationale discutera de la proposition de loi relative à l’organisation de l’Euro 2016 de football en France. Ce débat est une occasion pour défendre une autre conception des stades que celle des enceintes « sportivo-commerciales ».

En effet, cette nouvelle loi doit préciser la nature du soutien des collectivités territoriales pour la construction et la rénovation des stades. Elle organise un véritable régime d’exception avec la possibilité pour un opérateur privé de bénéficier de subventions publiques et de contourner le juge administratif en cas de litige. Un enjeu majeur, puisque jusqu’à présent prés de 90% des installations sont la propriété des collectivités locales et l’objectif est de renverser ce modèle pour servir des intérêts privés.

Ce débat a lieu dans un contexte de réduction des dépenses publiques dans le sport et d’une crise du football. Les clubs professionnels sont dans le rouge. Les principales sources de revenus (transferts, sponsors, droits télé) sont en baisse et les paris sportifs ne sont pas l’eldorado dont certains rêvaient.

Que leur restent- ils pour se sauver du naufrage ? La marchandisation des stades comme « nouveaux relais de croissance économique ». Dans le prolongement des différents rapports, de l’amendement sur les grands stades, le gouvernement organise la privatisation des stades et légifère dans ce sens. Le stade ne serait qu’une usine à fric animée par des agences de marketing jusqu’à vendre son nom au plus offrant !

Un modèle qui est facilité par la réduction de l’intervention publique. Sur les 1,8 milliards d’euros nécessaires à l’investissement pour l’Euro 2016, l’Etat ne participera qu’à la hauteur de 150 millions d’euros en les ponctionnant sur les crédits du Centre National de Développement du Sport (CNDS). Un retrait qui ne se fait pas sans dommage car les élus locaux sont coincés dans la gestion de leur budget avec la poursuite de la RGPP, le gel des dotations d’État, la suppression de la taxe professionnelle et la remise en cause des financements croisés. Une situation qui renforce la tendance déjà lourde à la marchandisation du sport, notamment, par la systématisation du partenariat public-privé et du « Naming ». Cette politique nationale entraîne tout le monde dans un cul de sac !

 

Comment inverser cette tendance ?

En menant un combat idéologique sur les objectifs, la propriété, le financement public du sport et sa gestion démocratique.

En remettant au centre du débat le rôle émancipateur du sport plutôt que le business.

Par exemple, les critères de rénovation et de construction doivent être publiquement débattus. L’essentiel des dépenses vise à améliorer la sécurité et le standing pour offrir confort et luxe, ou à transformer les stades en parcs d’attraction pour inciter à consommer toujours plus. Les infrastructures doivent être construites pour répondre aux besoins de la population et non pas pour être rentables. Au même titre que le patrimoine culturel, les stades doivent être un patrimoine commun, géré par le service public et accessible à toutes et tous. Lieu de vie et de pratique sportive, ils doivent être ouverts au sens plein du terme. L’investissement doit être au service d’une autre conception, ne se limitant pas qu’au spectacle, qui contribue à la formation des espoirs et qui permet l’accueil d’une diversité de disciplines et de pratiquants, notamment le football féminin, les amateurs et les scolaires. Une conception du modèle sportif français fondée sur les principes de mutualisation des moyens et de l’unité fédérale.

Il conviendrait de repenser les stades dans le cadre d’un réseau national d’équipements publics diversifiés et complémentaires pour satisfaire tous les besoins et à tous les niveaux de pratique. A ce titre, impulsons un plan national exceptionnel d’investissements dans les équipements sportifs de proximité. Ce qui implique un budget national pour le sport nettement relevé et une réforme de la fiscalité pour le consolider.

La maîtrise publique des équipements doit permettre d’associer les citoyens à sa gestion et à son animation, notamment les associations de supporters. Elle est également une garantie pour la répartition des recettes générées lors des grandes manifestations. Ces recettes doivent alimenter un fonds spécial, tel que le Fonds Sastre créé en 1998 à l’occasion de la Coupe du Monde pour soutenir la vie associative et les pratiques amateurs.

Le débat est ouvert pour une autre conception des stades utile à l’émancipation de toutes et tous.

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