Pour le sport

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Marie George Buffet veut faire du sport un enjeu du scrutin

Interview pour le nouvelobs.com

Elle est la voix du Front de Gauche sur le sport. Marie-George Buffet a marqué de son emprunte le ministère des Sports, qu'elle a occupé 5 ans. A son actif, une taxe, qui porte son nom, sur les droits télé au bénéfice du sport amateur. Quand l'affaire des quotas dans le foot français a explosé, elle a été l'une des premières à faire part de son malaise. Dernièrement, elle a salué, avec des réserves, l'initiative de François Hollande de taxer davantage les riches sportifs domiciliés en France.

 

Le sport est pour l’heure l’oublié de la présidentielle. Au-delà de votre slogan "l’humain d’abord", quelles sont les priorités du Front de Gauche pour le sport ?

 

La première chose serait d'affirmer dans la loi le caractère de service public du sport et d'en tirer les conséquences pour rendre effectif le droit au sport pour tous et toutes. Et j'insiste sur le "toutes", car la pratique féminine est pour nous une priorité transversale. Nous proposons de dégager des moyens financiers et juridiques pour recréer un véritable ministère des Sports doté de capacités d'intervention aux côtés des fédérations. Nous envisageons de lancer un grand plan d'aide aux clubs et de rédiger une loi cadre pour valoriser l'engagement bénévole. Il faut aussi permettre aux collectivités locales de construire des infrastructures en maintenant la clause de compétence générale, le financement "croisé" et en mettant fin au gel des crédits ! Nous proposons enfin de recruter des professeurs d'EPS et de mieux valoriser le sport, de la primaire à l'université.

Jean-Luc Mélenchon n'est pas particulièrement connu pour son intérêt pour le sport. N'est-ce pas un motif de dissension au sein du Front de Gauche, compte tenu de la culture sportive des communistes ?

 

Il n'y a pas de dissension sur ce sujet. Nous avons un programme élaboré en commun, avec toutes les forces du Front de Gauche, avec l'apport des associations et citoyen-e-s concernée-e-s par les sujets traités. Pour le sport, c'est pareil et c'est ce programme que porte notre candidat commun, Jean Luc Mélenchon.

Sur le fond, nous disons tous que le sport est un droit, et non pas une marchandise. Nous sommes aussi d'accord sur le fait que le sport ne doit pas être réduit à un simple outil au service des politiques de cohésion sociale ou de santé. Nous revendiquons ensemble une intervention publique plus forte, un nouveau partenariat avec le mouvement sportif dans lequel l'Etat doit jouer un rôle. L'exigence de plus de démocratie et d'éthique dans le sport est incontournable.

Comptez-vous contraindre par la loi le sport professionnel à aider le sport amateur ?

Le sport amateur ne vit pas à côté du sport professionnel. Il y a des passerelles permanentes : c'est par le sport amateur que nos champions atteignent le haut niveau et se dirigent parfois vers le sport professionnel. De même, les sportifs professionnels peuvent donner envie aux jeunes et aux autres de faire du sport lorsqu'ils réalisent de belles performances. C'est pour cette raison que notre modèle sportif organise déjà une solidarité technique et financière entre le sport amateur et le sport professionnel, à l'intérieur des fédérations.

Quand j'étais ministre, j'ai également institué une taxe sur les droits audiovisuels pour que les importants flux financiers qui profitent uniquement à certains sports puissent être mutualisés avec les autres sports et entre haut niveau, amateurs et professionnels.

Mais on doit aller beaucoup plus loin. La loi devra renforcer la solidarité entre les clubs et entre les différentes disciplines, en consolidant le modèle fédéral et en relevant la taxe sur les droits audiovisuels notamment. Mais le ministère a aussi son rôle à jouer, en consacrant un budget plus important au sport pour tous et toutes.

Quelle part du budget de l'Etat sera consacrée au sport si Jean-Luc Mélenchon est élu président de la République ?

 

Le sport mérite au moins 1% du budget de l'Etat. Aujourd'hui, le budget sport s'élève à seulement 0,15 %, en comptant large. C'est bien trop peu. Et c'est pire encore si l'on tient compte des coupes budgétaires dans les budgets des collectivités locales, qui sont le premier bailleur de fonds du sport dans notre pays !

Savez-vous par exemple que le budget du CNDS, qui finance le sport pour tous et toutes, dépend de l'argent des jeux et paris en ligne, et qu'il est supérieur de 32 millions au budget du ministère des sports ?

Avec un budget de 245 millions d'euros, le ministère des sports est le parent pauvre des politiques sportives. Cela nous prive d'une véritable ambition pour le sport. Nous avons besoin d'un vrai budget pour le ministère des Sports afin de sortir de la dépendance vis-à-vis des financements privés, qui demandent des retours sur investissements contraires aux besoins des sportifs et à l'éthique sportive.

François Hollande a présenté son programme sportif avec comme proposition phare la création d’un grand ministère des Sports "intégré dans un grand pôle éducatif". Y souscrivez-vous alors qu'il n'est pas budgété ?

 

Le sport a déjà été à plusieurs reprises placé sous la tutelle d'un ministre de l'Education ou de la Santé. Les résultats n'ont jamais été très concluants. Je pense donc que nous avons plutôt besoin d'un grand ministère des Sports de plein exercice, doté d'une administration déconcentrée et d'un budget digne de ce nom. Le mouvement sportif a besoin d'un interlocuteur qui connaisse la réalité sportive et qui puisse l'épauler pour développer le sport dans notre pays. Un ministère sous tutelle ne pourra pas remplir pleinement ces fonctions. Ce qui ne veut pas dire que le sport ne doive pas occuper une place plus grande au sein des programmes scolaires, ni qu'il faille se désintéresser de la formation des sportifs. Au contraire, il faut augmenter le nombre d'heures d'EPS et de professeurs de sport, renforcer le réseau des CREPS.

Mais toutes les problématiques sportives ne sont pas liées à l'éducation. Il faut pour encadrer le sport professionnel, par exemple, des moyens d'actions spécifiques et bien coordonnés. Il en va de même pour impulser la construction d'infrastructures sur tout le territoire.

Il a également proposé de taxer à 75% les salaires au-dessus d'1 million d'euros, menaçant ainsi une centaine de riches footballeurs…

 

C'est une mesure assez symbolique. Elle ne touchera que 3.000 foyers environ et ne rapportera que 200 à 300 millions d'euros. Il faut surtout une grande réforme de la fiscalité, qui instaure un véritable impôt progressif.

En ce qui concerne les sportifs professionnels, il est normal qu'ils payent des impôts liés à leur salaire. Il ne doit pas y avoir d'exception sportive sur la fiscalité.

Cela dit, pour que les clubs français ne soient pas lésés par rapport à leurs homologues anglais, italiens, espagnols ou allemands, il faut qu'on avance encore plus vite sur le contrôle de gestion de l'ensemble des clubs européens pour limiter les salaires et les transferts. Si avec le "fair-play" financier, Michel Platini (président de l'UEFA) a déjà commencé, il faudra aller plus loin.

Enfin, quel bilan tirez-vous de la présidence Sarkozy en matière de sport ?

 

Le bilan de Nicolas Sarkozy comme de ses prédécesseurs pourrait être résumé ainsi : dix ans de casse. Avant l'arrivée de la droite au pouvoir, nous avions pris des mesures fortes pour lutter contre le dopage, pour lutter contre les conflits d'intérêts, pour protéger les jeunes mineurs, pour renforcer la démocratie sportive. En 10 ans, la droite a méthodiquement tout détricoté, ou presque.

Nous avions par exemple mis en place un cadre pour encadrer les sociétés sportives, qui ne doivent pas avoir un but lucratif. La droite a permis aux clubs d'être côtés en bourse et elle a supprimé les règles encadrant les sociétés sportives. On peut même être actionnaire de plusieurs clubs susceptibles de se rencontrer dans une même compétition!

Ce qui est surtout caractéristique de la présidence Sarkozy, c'est la méthode utilisée. N'ont été adoptés que des textes de circonstance et des cavaliers législatifs pour faire plaisirs à quelques lobbies. Je pense à l'amendement sur les grands stades, glissé dans une loi sur le tourisme, à la loi d'exception sur les stades de l'Euro 2016, à celles sur les paris en ligne et les agents sportifs. Le dernier texte voté sur le sport avait même pour seul objectif de changer la répartition des primes d'assurance entre les fédérations de formule 1 et les écuries ! Tout cela n'est pas sérieux. Nous avons besoin maintenant d'une véritable ambition pour le sport, d'une grande loi cadre qui réponde aux enjeux et défis des prochaines années.

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