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Entretien croisé avec Dominique Adenot : Quelles conséquences du budget sport dans les territoires ?

Dominique Adenot, président de l’Association nationale des élus communistes et républicains (ANECR) et maire de Champigny-sur-Marne (PCF)

 

Jacques Thouroude, président de l'Association nationale des élus en charge des sports (ANDES), maire-adjoint de Castres et conseiller régional de Midi-Pyrénées (UMP)

 

 

 

- Quelle est votre appréciation globale du budget sport de l'Etat pour 2013 ?

 

Dominique Adenot : Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas à la hauteur des enjeux sportifs. Après des années de baisse et de « bricolage » de la part de la droite, années qui ont fait mal au mouvement sportif, on aurait pu s’attendre au moins à ce que ce budget traduise une volonté de redressement, de changement…Ce n’est pas le cas, et il est même en baisse…Il réduit encore les moyens de lutte contre le dopage, poursuit le processus désengageant l’Etat de la pratique pour tous, laissant au CNDS le soin de la financer, et dans quelles conditions... Difficile dès lors de « faire mieux avec moins » comme semble le vouloir la Ministre…C’est d’autant plus vrai que les collectivités territoriales et en premier lieu les communes sur lesquelles repose l’essentiel du soutien au sport pour tous, aux associations, sont enrôlées dans la « règle d’or » du pacte budgétaire européen, vont perdre 2,4 milliards de dotations de l’Etat pour les trois années qui viennent…Nous ne pouvons accepter cette situation qui va encore réduire les conditions d’accès à la pratique sportive d’un grand nombre de nos concitoyens, de jeunes, d’enfants…contrairement aux intentions affichées.

 

Jacques Thouroude : Les crédits du Ministère en charge des sports pour 2013 s’élèvent à 232 M€ auxquels s’ajoutent 19.7 M€ de fonds de concours CNDS, pour un total affiché de 251.7 M€, soit une diminution de 5% par rapport à 2012. Les recettes extra-budgétaires du CNDS sont elles maintenues à 272 M€. Globalement, le budget Sport a participé à la maîtrise des dépenses publiques à hauteur de 1.4%. Concernant le CNDS, il est demandé un effort de redressement des comptes autour de trois points :

  • le recentrage progressif des interventions du CNDS sur le sport pour tous,
  • la révision des conditions d’attribution des subventions pour les équipements sportifs,
  • un plan de redressement impératif de 30 M € dont le gel des subventions d’équipements CNDS.

 

 

- Quelles sont les principales répercussions concrètes à en attendre au niveau local ?

 

Dominique Adenot : Si rien ne bouge, il deviendra très difficile aux communes de simplement maintenir le niveau de leur action, de leur soutien aux associations sportives. Celles-ci sont de plus soumises à des charges qui vont en augmentant, avec parfois l’obligation de salarier des personnes pour faire face à leurs besoins…Pour elles, le choix sera encore plus cornélien: réduire leurs activités ou augmenter les cotisations. Dans les deux cas, ce seront des enfants, des jeunes, des familles qui seront privés de leur droit d’accès à la pratique d’un sport, si essentielle à l’épanouissement, au bien être et à la diffusion de valeurs positive dans le quartier, la cité, comme celles du partage, du fairplay,… J’ajoute que je suis préoccupé par l’absence de volonté de prendre à bras le corps la lutte contre le dopage, qui serait pourtant un signal fort de l’opposition nécessaire au système de l’argent fou qui pervertit le sport et pas seulement de haut niveau.

 

Jacques Thouroude : Si la recherche d’une meilleure gestion de l’établissement est louable, il est regrettable de sacrifier les investissements réalisés par les collectivités locales en gelant les subventions sur le dernier semestre 2012 et en supprimant quasiment la moitié des aides CNDS prévues : 369 projets auraient du être examinés représentant 1.1 Mds € d’investissements par les collectivités locales pour une enveloppe disponible d’environ 28 M€.

Au niveau local, cette mesure touche directement l’effort d’investissement des collectivités locales.

En tant que premier financeur public du sport avec plus de 9.4 milliards € de dépenses sportives par an, les communes font beaucoup pour le sport en France et pour lutter contre les inégalités d’accès.  A ce titre, dans le cadre du prochain Conseil national du Sport dont un décret est attendu à la fin de l’année 2012, l’ANDES, représentant « le Réseau Sport des Collectivités locales », participera activement à la réflexion du modèle sportif français aux côtés de l’Etat et du Mouvement sportif.

 

 

  • Quelles seraient selon vous les principales mesures à prendre en matière budgétaire pour le sport (recettes et/ou dépenses) ?

 

Dominique Adenot : Il faudrait d’abord abonder considérablement le budget de l’Etat qui lui est consacré. Il n’est pas normal qu’un pays comme le notre ne finit par consacrer que 0,14% de son budget total au sport ! C’est indigne de la conception même que l’on se fait de l’humain et de la société. L’Etat ne peut en outre laisser quasiment seules les collectivités se débrouiller pour le soutien au sport de masse, il a une responsabilité qu’il n’assume pas, se réservant le sport de haut niveau. Cela pénalise les équipements, les structures, la formation, les actions pour développer et démocratiser les pratiques, réduire les inégalités d’accès, bref, toute une politique de fond digne de ce nom, en lien et en appui avec ce que font les collectivités, le mouvement associatif sportif…Une vraie politique du sport dans notre pays est une affaire de choix politique en faveur de l’humain et qui y consacre par conséquent les moyens. L’argent existe, nous le savons…

 

Jacques Thouroude : L’ANDES partage la volonté de Madame la Ministre qui souhaite recentrer le CNDS sur les actions relatives au sport pour tous, cependant, les aides en direction des investissements en équipements sportifs représentent un effet de levier majeur pour le soutien à la croissance économique française, qui doit, avec le retour vers l’emploi, rester une priorité absolue. D’autre part, les projets des grands équipements sportifs ne doivent pas obérer les capacités d’interventions financières du CNDS pour les équipements de proximité, sachant que l’enjeu de rénovation du patrimoine sportif est considérable, avec plus de 42% des installations qui ont plus de 35 ans d’âge.

Pour parachever cet effort de redressement, une optimisation des dépenses de fonctionnement du CNDS devrait également être engagée.

Dans le cadre des mesures à prendre en matière budgétaire, les propositions de l’ANDES sont les suivantes :

  • Déplafonner le prélèvement sur la Française des jeux pour renforcer le fond de roulement du CNDS,
  • Réorienter les actions du CNDS sur le développement du sport,
  • Faire évoluer les aides attribuées au fonctionnement vers l’investissement pour dynamiser l’économie française,
  • Créer un prêt à taux bonifié pour les collectivités locales maîtres d’ouvrage qui réalisent des équipements de proximité et de mission d’intérêt général.

 

Propos recueillis par Igor Martinache.

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