Pour le sport

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Il est grand temps que le sport cesse d'être un support du sexisme !

 

Tribune libre par Colette Bocher, 

Agrégée EPS, ancienne directrice de l’UNSS des Yvelines, membre de la commission Sport du PCF, syndicaliste et féministe

 

Depuis que le sport existe les hommes en ont fait un terrain de  virilité, le « sport-femelle », selon les termes volontairement méprisants de Pierre de Coubertin, se construisant dans l’adversité.

Il faut se remettre en mémoire les combats, au début du siècle dernier, des sportives de Fémina-Sport, avec pour porte drapeau Alice Milliat, pour bien mesurer l’oppression spécifique qu’impose le sport masculin aux femmes, avec en contre-partie le courage et l’audace de leur part à affronter et à construire y compris des Jeux Olympiques Féminins.

Ce qualificatif de femelle, qui dans notre langue est réservé aux animaux, révèle le mépris d’une société tout entière, qui tarde à reconnaître aux femmes l’égalité citoyenne dont le droit de vote en 1944, et le droit de « disposer de leur corps » en 1975 !

Mais encore maintenant, les femmes sportives sont identifiées sous le vocable « féminines » ! « Sont-elles de vraies femmes ? » s’interrogerait de manière ironique Catherine Louveau.

Le sport reste un lieu identifié de culture du sexisme. Mais avec le virilisme hypertrophié du football masculin,  dont les rites sont grossis par la télévision, la presse écrite, et les journalistes à leur service,  cette culture atteint son paroxysme.

Ce n’est sans doute pas un hasard, si son envers, le football féminin, devenu le « foot des princesses », fait l’objet de tentatives de confinement et d’un enfermement de « conte de fée » écrit Nina Charlier, qui sert de camouflage à son rejet.  Souvenez-vous des vraies batailles, y compris juridiques, d’équipes féminines de football pour exister ! Comment des femmes osent-elles occuper le sacro-saint théâtre de la vénération des performances masculines et exiger l’égalité  d’accès et de droits ?                

Mais jamais, que je sache, un responsable de l’Education Nationale, ne s’est autant égaré sur un sentier sexiste … à ce niveau !

Depuis que les programmes de l’enseignement secondaire de 1945,  ont unifié les contenus à l’identique pour les garçons et les filles, et officialisé l’existence et le fonctionnement sportif et associatif des Associations sportives scolaires, ( OSSU, ASSU, puis UNSS ), les mêmes droits n’ont cessé de se construire et de se développer autour d’un projet social égalitaire pour tous : scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans, mixité dans les classes .

Et l’UNSS s’est toujours positionnée en maillon fort de cette conquête d’un sport créatif et attractif pour toutes et tous ! Elle a  été porteuse d’innovations et d’ouverture à tous les niveaux de pratique et sur pratiquement tous les sports. Souvenons-nous de ses Jeux… de l’UNSS, de ses Jeux Européens, et de l’ensemble des initiatives porteuses d’égalité, de mixité. Souvenons-nous des initiatives du « Paris-Séoul » et de la « Terre à la Lune », mais aussi du « Cross de toutes les couleurs », en relation avec la Ligue des Droits de l’Homme,  pour mieux dire l’importance accordée à la pratique sportive de toute la communauté humaine scolarisée sur le sol français, quel que soit son monde d’origine .

Alors maintenant l’UNSS tournerait le dos à ce grand projet social ? Pire : elle endiguerait les avancées des pratiques des filles, alors qu’elle constitue la fédération française la plus féminisée, en imposant un football « sexué », c’est-à-dire marqué de l’oppression de sexe ! …et le reste à suivre ??

« Quels blocages l’idéologie libérale a-t-elle  bien pu nous inoculer, à notre insu, petit à petit, habilement… ? Où est la profession, la rebelle, l’ambitieuse, la dynamique ? », s’interroge Alain Briglia  dans ce même bulletin du SNEP, qui sous la plume de Nina Charlier, dénonce et condamne le machisme de « pastille rose ». Et il ajoute… « pour penser l’école comme une fabrique d’espoir, d’avenir, d’émancipation au lieu de l’assujettir à une dimension utilitariste renforçant les inégalités sociales, déjà à l’œuvre ».

Et s’il est une inégalité sociale, encore à l’œuvre, c’est bien celle  de l’inégalité des sexes. De même que les affaires DSK en avaient révélé la persistance tenace, de même le vide juridique qui a suivi la suppression de la loi sanctionnant le harcèlement sexuel, précipitant dans le néant un millier de dossiers,  ont réveillé les combats des  féministes.

Pourtant le sport n’est pas intégré dans les combats du féminisme ! Les exigences égalitaires des jeunes filles et des femmes sont-elles suffisamment présentes dans nos actions militantes qu’elles soient sportives, sociales, syndicales ou politiques ? Au point qu’un directeur de l’UNSS et un président de football se permettent d’irriguer de sexisme le foot féminin de l’Education Nationale ! 

                  Tout ce qui fait inégalité doit être combattu. Tolérance zéro !                 

                  Ne laissons pas le sport à la porte du féminisme !

Oui la profession, la rebelle, l’ambitieuse, la dynamique doit réagir, et elle va le faire partout où c’est possible.  Mais au-delà, il faut faire de cette grande question de la place des femmes dans le sport un enjeu de société. Parce que le sport actuellement espace de culture du machisme, doit et peut devenir un des vecteurs de ce projet d’émancipation auquel nous nous référons, comme projet humain. Et cette démarche doit être portée par tout le mouvement social !

Ne laissons rien passer ! Osons le féminisme ! Déjà notre texte syndical « Vers un manifeste pour l’EPS » est porteur de cette « problématique sociale », il peut encore être enrichi.

Construisons dans l’ambition ! Celle de l’Education Nationale et de son sport scolaire que nous continuerons à investir d’un rôle social à égalité de droits, d’accès aux pratiques et de responsabilités… «au nom de  l’idéal  qui nous faisait combattre et qui nous pousse encore à nous battre aujourd’hui » Aragon. 

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