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Où va le foot ?

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La FIFA a répondu : en Russie en 2018 et au Qatar en 2022.

La Fédération Française de Football a répondu : donnons plus de pouvoir aux représentants du football professionnel dans nos instances de direction en 2011. Le gouvernement a répondu : développons les grands stades en facilitant la propriété et la gestion privée pour préparer 2018. Est-ce là les véritables réponses à la question que se posent des millions d’amateurs et de supporters sur l’avenir du football ? Je n’y crois pas vraiment. Pourtant une question nous taraude tous : quand va-t-on définitivement en finir avec la loi du fric dans le football ? Si nous n’y répondons pas nous-mêmes, ce n’est sûrement pas Zinédine Zidane, qui aurait empoché 11 millions d’euros pour avoir soutenu la candidature du Qatar pour le Mondial 2022, qui nous aidera à y répondre. L’éthique et les valeurs du football ont été au cœur du débat médiatique : le coup de boule du même Zinédine Zidane, la qualification de la France à la Coupe du monde grâce à une main de Thierry Henry, les affaires de mœurs de Ribéry, la grève des joueurs de Knysna, les montant des transferts et salaires indécents des joueurs, les affrontements meurtriers des groupes de supporters du PSG… Le football porte-il encore des valeurs éducatives sûres ? Cette question aurait pu être débattue aux états généraux du football réunis pour l’occasion en octobre, à l’INSEP, mais l’Élysée et la FFF ne se sont pas trompés d’objectif car, avant l’éthique et les valeurs, il y a un enjeu fondamental : le pouvoir et la propriété. L’aboutissement du séminaire de l’INSEP sera la réforme de la gouvernance du football, le futur modèle pour la gouvernance du sport français ! Sous prétexte des « oripeaux de la liberté associative1 » et de l’amateurisme des dirigeants, le pouvoir devrait être rééquilibré en faveur des représentants des clubs professionnels. Voilà comment la direction de la FFF envisage d’adopter une loi cadre dans laquelle « les représentants du football professionnel seront représentés à la hauteur de 37% et auront une minorité de blocage en contrepartie de la rétrocession de 2,5% des droits commerciaux ». Voilà comment une quarantaine de clubs professionnels peuvent faire chanter le football amateur qui représente près de 1,64 millions de licenciés et plusieurs centaines de milliers de clubs. Pourtant c’est bien le football professionnel qui est en crise et qui l’a provoqué. Dans un article récemment publié par Le Figaro expliquant que les clubs de football sont rattrapés par la crise, le journaliste cite le cabinet de conseil AT Kearney : « En fonctionnant comme des entreprises normales, les ligues d’Espagne, d’Angleterre et d’Italie seraient mises en faillite en moins de deux ans ». En France, pour la saison 2009-2010, selon de la DNCG, les 43 clubs professionnels ont perdu en cumulé plus de 180 millions d’euros. Les principales sources de revenus sont en baisse ; les joueurs se vendent moins bien, les transferts n’ont rapporté que 75 millions d’euros contre 108 millions il y a deux ans, les sponsors sont moins généreux, les droits télé sont en baisse, les paris sportifs ne sont pas l’eldorado dont certains rêvaient… et pas question de baisser le train de vie des joueurs et de leur entourage. Que reste -il, alors, pour remonter la pente ? Les stades. C’est l’un des enjeux idéologiques sur le sport de la mandature de Nicolas Sarkozy : rapport de Philippe Seguin, rapport d’Éric Besson, amendement « Aulas » sur les grands stades, rapport de David Douillet, proposition de loi Bernard Depierre : toute l’équipe de l’UMP se mobilise pour que l’appropriation des futurs stades par les clubs professionnels se transmute en « nouveaux relais de croissance économique ». Deux verrous sont à faire sauter. D’abord la propriété du stade et sa gestion, aujourd’hui en grande majorité publique qui doit, coûte que coûte, passer au privé avec l’aide des collectivités territoriales. Puis la fréquentation des stades qui doit être rentable et contrôlable, alors qu’aujourd’hui le public et l’animation reposent en grande partie sur des associations de supporters. Voilà le sens de toutes ces attaques, jusqu’à la toute récente loi LOPPSI 2 qui plutôt que cibler les hooligans, criminalise tous les supporters et porte atteinte aux libertés publiques. Fini les grands stades publics et la culture populaire, qui, pour la mémoire collective, portaient le nom d’un grand dirigeant amateur ou d’un résistant de la Seconde Guerre mondiale. Vive les Arenas labellisées par les grands patrons et animées par des agences de marketing et de communication ! Alors, comme l’écrit Stéphane Hessel, « Indignez-vous ! » et résistez. Il est encore temps de dire stop ! De se mobiliser et d’inverser la tendance de la marchandisation une bonne fois pour toutes. Premièrement : dire non. Trois fois non. Non à la dictature d’une minorité sur le football français et au chantage par l’argent. Non aux leçons de professionnalisme de ceux qui sont dans l’impasse et veulent entraîner tout le football français dans la même spirale qui a conduit à la crise économique mondiale. Non au basculement des clubs professionnels en sociétés anonymes cotées en bourse et à la privatisation des stades. Deuxièmement, il est temps de s’organiser pour se réapproprier le football et les stades par la mobilisation de tous, le développement de la vie associative et la démocratie. Troisièmement, il est temps de prendre des décisions importantes qui impulseront des solutions pour l’avenir du football. Par exemple en relançant de véritables états généraux du football dans tous les districts et faire entendre les voix de toutes et tous, sur le principe « un licencié égale une voix ». Mais, avant tout, il faut avoir une certaine idée du football et plus généralement du sport. La question de l’avenir du football pose la question plus large de : quel sport voulons-nous : sport business ou sport émancipation ? Nous choisirons toujours la voie de l’émancipation. Nicolas Bonnet, responsable de la commission sport du PCF   1 Propos de Jean-François Lamour dans Le Monde du 24 juin 2010 « l’introuvable gouvernance du sport français »

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