Pour le sport

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Yvon Leziart :pratiques sportives et émancipation de la personne

Séminaire de la commission sport de Malakoff, le 18 septembre 2010

Loin de la politique spectacle et de l’instrumentalisation du sport pour une campagne de communication personnelle, le PCF prend le temps de l’écoute, de la réflexion et du débat d’idées.

Vous étiez plus d’une centaine à répondre à notre invitation le 18 septembre dernier à Malakoff pour répondre à la question « Quel sport voulons-nous ? »

Universitaires, syndicalistes, dirigeants sportifs, élus, étudiants, militants associatifs ont porté dans les débats, leurs connaissances, leurs idées et expériences de terrains pour élaborer des propositions en faveur d’un sport porteur d’émancipation.

Vous trouverez dans ce numéro spécial, des extraits des interventions et des comptes rendus des tables rondes.

Ce premier grand rendez-vous se prolongera dans l’élaboration du programme populaire partagé. Nous voulons élaborer ensemble les grandes priorités, les réformes incontournables qu’une nouvelle majorité politique de gauche devrait impérativement mettre en œuvre. Un pacte entre toutes celles et ceux qui font le serment que la gauche ne trahira pas l’espoir de changement qu’elle porte face à Sarkozy et à l’UMP. Pour y contribuer, avec les forces du Front de gauche, nous  organiserons de nombreuses rencontres locales et nationales partout en France avec des responsables associatifs, des syndicalistes, des rencontres ouvertes à toutes et à tous.

 

Résumé de l’intervention d’Yvon Léziart, Professeur des Universités, Université de Rennes 2

 

En introduction à cette journée Yvon Léziart nous a rappelé que le sport est une dimension importante de notre société. Son évolution récente en fait un fait social total. Cependant, comme pour tous les phénomènes d’importance, le sport souffre d’imprécision, de globalisation, de positions convenues. Dans son propos Yvon Léziart s’est d’abord attaché à saisir les grands axes de l’évolution récente des activités sportives et à déterminer comment le sport est pensé.

L’évolution récente du sport, depuis 1960, conduit à une remise en cause de la vision unitaire du sport portée par Pierre de Coubertin. Le sport de haut niveau est l’accomplissement d’une pratique de base, la plus large possible. Dans cette perspective, sport de base et sport de haut niveau sont liés. De même il existe une continuité entre l’éducation physique et sportive et la pratique en club. Les enseignants, sportifs dans leur immense majorité, militent pour une pratique sportive éducative sans distinction de lieu d’application.

Aujourd’hui, la rupture avec ce modèle est consommée. L’argent est entré massivement dans le monde du sport. Les revenus des sportifs professionnels témoignent de cette évolution. Les liaisons avec les pratiques sportives de base sont coupées. Les points communs entre les footballeurs du dimanche et les joueurs de ligue 1, sont la pratique d’une même activité et le respect des mêmes règles de jeu. Pour le reste, les pratiques diffèrent profondément. La fidélité à un club s’est réduite. Les contraintes liées aux entraînements, aux déplacements pèsent de plus en plus sur les joueurs. Des activités ‘’nouvelles’’ apparaissent. Elles sont souvent le résultat la combinaison entre deux activités déjà existantes. La notion d’effort intense et d’apprentissage long préalable à la pratique intéressent moins les pratiquants soucieux de jouer tout de suite et de prendre un plaisir immédiat.

Des coupures irréversibles séparent les différentes formes de pratiques. Peut on encore parler d’une unité des pratiques sportives?

Les analyses courantes sur le sport et ses valeurs

Le sport est entré dans la vie de chaque individu pratiquant ou non. Il véhicule une idéologie souvent cachée mais très efficace et peu remise en question. Réfléchir aux pratiques sportives et à leurs évolutions c’est aussi prendre en compte les discours et représentations les concernant.

Les justifications du sport trouvent leur plus ardent défenseur en P. de Coubertin, pour qui le sport porte des valeurs en lui-même. En d’autres termes, le sport est éducatif par fondement. Pratiquer le sport c’est s’éduquer.

Cette position idéologique dominante a été fortement combattue par les mouvements de critique radicale du sport dans les années 1970. L’idéologie de la neutralité politique prônée par P. de Coubertin, est mise en question. Le sport est présenté, par ce courant critique, comme une idéologie et comme toute idéologie, il contribue à la reproduction élargie des rapports sociaux de production. La compétition, le rendement, la mesure, le record sont les reflets du système capitaliste industriel. Le sport est opium du peuple. Ces théories ouvrent les premières contestations de l’idéologie de la neutralité sportive et posent le sport comme puissant vecteur idéologique.

Ce débat nécessaire contraint chacun à prendre position et à répondre à la question de ce que le sport doit être et non à celle de ce qu’il est.

Les origines de l’activité sportive

Le sport a été inventé par l’homme et pour l’homme. Il constitue un moyen d’expression volontairement choisi par les hommes pour se rassembler, se comparer, se mesurer, établir des relations. Selon B. Jeu, il n’a pas été inventé au cours des âges, sur décision des princes ou sur recommandation des philosophes. Le sport est vivant, populaire. Il est émotion. Il est passion. Le sport trouve donc son origine dans les besoins vitaux des hommes de se rassembler de se comparer .Ainsi posé, le sport n’est ni moral, ni amoral. Il est inhérent à l’humanité entière. Il est donc ce que les hommes en font. Il est également populaire dans le sens ou il ne naît pas de directives des puissants mais de la volonté des hommes ordinaires.

Le sport renvoie également chez cet auteur, aux mythes fondateurs de l’humanité. Il véhicule des émotions collectives. Ses règles, son fonctionnement sont de compréhension immédiate. Il crée des héros, des légendes. Il soude les individus par de fortes émotions partagées.

Cette dimension du sport peu étudiée, est essentielle, à notre sens, pour poser le sport comme domaine de culture.

Le sport est culture

Le sport est passé d’un simple instrument d’occupation de l’homme à une activité profondément incluse dans l’histoire de l’humanité.

Le sport est donc en dynamique de transformation constante par l’action de l’homme. L’évolution des règles sportives et des pratiques des sportifs, illustre la transformation permanente du sport. Il s’établit une dialectique entre règles et pratique. En effet, les règles sont inventées pour que l’homme s’épanouisse en se transformant. Les règles représentent une contrainte que le sportif doit utiliser au maximum de ses ouvertures pour s’exprimer. Les règles sportives naissent à partir de l’observation des réalisations des sportifs. Par une démarche tâtonnante elles sont définies par les législateurs du sport. Les joueurs tentent de créer, dans les espaces de liberté qu’offre chaque règle, des réponses nouvelles pour réaliser une performance. Ces pratiques conduisent les législateurs, quelques années plus tard, à modifier les règles existantes. L’invention des règles et les transformations des pratiques sont liées par une relation dialectique forte. Nous sommes bien là en situation d’invention culturelle. La règle n’est pas seulement coercitive, elle offre au joueur la possibilité de s’exprimer légalement, dans les intervalles qu’elle laisse libres. L’activité sportive est activité de création.

L’émancipation par la pratique sportive

Quel sport revendiquer ? Il faut fuir les formes d’exploitation de l’homme sportif par l’homme ou par un système qui l’exploite. Il faut également rejeter l’idée du sport comme simple divertissement sans perspective de dépassement de soi. Le sport doit être mis au service du développement de l’homme comme être social. La compétition dans cette perspective doit être soutenue. Trop souvent associée à la dérive du sport marchand la compétition, est un mode d’opposition sain entre les personnes, un moyen de se mesurer, de se confronter à ses semblables. La compétition est une relation à autrui qui engage coopération et confrontation, dans des perspectives déterminées. L’adversaire, pour reprendre une formule de la FSGT, est l’ami qui me fait progresser. Il n’y a pas d’apprentissage sans conflictualité.

Le sport souhaité est un sport de développement de la personne au plus haut niveau possible, en interaction constante dynamique et coopérative entre les individus. Pour accéder à ces formes de pratique sportive riches, une définition culturelle du sport doit être envisagée. Le sport participe à l’hominisation de ses pratiquants en les faisant accéder aux œuvres humaines. Le patrimoine n’est pas seulement pensé comme des réalisations figées (les monuments, musées et autres institutions…), c’est l’invention de l’homme au cours du temps. Pour un sportif, se confronter aux œuvres, c’est côtoyer le sens humain de l’activité et non pas seulement ses épiphénomènes que sont les gestes techniques. Dans cette perspective, ceux qui souhaitent encadrer ces pratiques doivent bénéficier d’une formation de haut niveau à la compréhension de la place du sport dans notre culture et à la détermination de contenus éducatifs qui n’affadissent pas la richesse des acquis de l’homme au cours de son histoire. L’approche culturelle ne peut être atteinte, ni par une réduction des normes au silence, ni par un évitement de celles-ci. Elle conduit à une pratique sportive alternative à vocation émancipatrice de l’homme. L’émancipation, c’est développer la capacité à prendre conscience des déterminants que l’idéologie dominante fait peser sur chacun de nous et se donner les moyens, par une vigilance quotidienne, de construire avec les autres, la transformation de soi. Cette perspective trouve écho dans les orientations de J.Vilar et A .Vitez qui déclaraient revendiquer, à partir des œuvres théâtrales « ne culture élitaire pour tous » Nous jugeons nécessaire que vive et se développe une pratique de tous les sports pour tous, poussée au plus haut niveau d’accomplissement de chacun.

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