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Liberté pour les ultras

À la suite des incidents au Trocadéro autour de la célébration du titre du PSG et des affrontements entre supporters de Lyon et de Marseille sur l’aire d’autoroute de Bollène (Vaucluse), nous avions dénoncé les limites des politiques conduites jusqu’à présent pour lutter contre les violences dans et autour des stades. Plutôt que des réactions et commentaires erronés sans nuance ni réflexion, des amalgames et des dérapages incontrôlés de certains responsables politiques, nous proposons l’organisation d’états généraux en présence des associations de supporters et des clubs professionnels.

Au milieu des images passées en boucle, affirmant comme une évidence la nécessité d’une répression implacable, émerge une banderole : «Liberté pour les ultras ». Une revendication lourde de sens à laquelle, jusqu’à présent, per- sonne ne répond. Derrière cela s’exprime en effet la condamnation d’un football gangréné par le business qui exclut de plus en plus les couches populaires. Déjà, le 17 mai 2008, des milliers de supporters issus de toute la France manifestent à Nice sous les revendications de « liberté pour les ultras », « non à la répression », « non au foot business » et avec la volonté d’ouvrir un dialogue réciproque avec les différents décideurs sportifs et politiques. Ce jour-là, Hugo Lloris, gardien de but de l’OGC Nice, soutient les manifestants et porte le t-shirt « Liberté pour les ultras ».

Le 23 mai 2013, une quarantaine de groupes de supporters de Paris, Lyon, Saint-Etienne, Montpellier ou encore Bordeaux publie un communiqué commun dénonçant la campagne médiatique et politique contre les supporters. En quelques jours, tous les « ultras » de France sont en effet devenus l’ennemi public numéro 1. Ils dénoncent les nombreuses mesures répressives qui se sont multipliées alors qu’aucun bilan sur l’inefficacité des politiques conduites jusqu’à présent n’a été établi. Ils rappellent qu’en octobre 2012, ils s’étaient unis lors d’une manifestation nationale à Montpellier suite à une bavure policière ayant entrainée la perte d’un oeil d’un jeune montpelliérain par tir de flashball. Un texte avait été transmis au gouvernement afin de défendre leurs droits élémentaires de citoyens : liberté d’aller et venir, liberté d’animer une tribune avec le matériel autorisé, liberté d’expression, présomption d’innocence, égalité devant la loi... Le ministre de l’Intérieur répond par un communiqué assumant la continuité de la précédente mandature : le tout répressif et l’absence de dialogue.

Le débat sur le contrôle social est réellement dépolitisé, sans aucune tentative de comprendre les racines du mal, qu’elles soient économiques, sociales ou politiques, ni aucune volonté de modifier les causes de la violence, mais au contraire la mise en place d’un maximum d’outils pour contrôler : vidéosurveillance, service de renseignement renforcé, partage de fichiers à l’échelon international, contrôles des abonnés... Un modèle de gestion du crime appliqué aux stades et à tout comportement menaçant pour l’ordre public sur simple présomption, amalgamant un comportement culturel déviant, comme l’utilisation de fumigènes, et terrorisme.

En revanche, les actes racistes, homophobes, sexistes et la présence de groupuscules d’extrême droite sont de plus en plus fréquents et ne sont pas combattus fermement.

Aujourd’hui, de l’autre coté de la Manche, territoire souvent cité en exemple dans la lutte contre la violence, les supporters de Liverpool, Manchester, Arsenal et Tottenham ont défilé côte à côte pour protester contre la hausse des prix des places et la modification des horaires sous la pres- sion de la TV. Lors du dernier Arsenal-Manchester City, les Citizens avaient rendu 900 places, le prix des billets était de 72 euros l’unité... La saison prochaine, à Arsenal, aucun abonnement annuel n’est proposé en dessous de 1155 euros. Après la reconfiguration des tribunes, les mesures répressives, les atteintes aux libertés, c’est la sélection sociale par l’argent. Une étape en perspective en France avec la modernisation des stades pour l’Euro 2016.

Les tentatives de subordinations des libertés publiques à la sécurité ont toujours dissimulé une volonté de modifier les rapports de force dans la société en contrôlant et excluant certains grou- pes sociaux. Comprendre, prévenir et éradiquer la violence autour et à l’intérieur des stades est une chose, stigmatiser et éradiquer tout ce qui ressemble à un supporter en est une autre. Il est temps pour le gouvernement et les présidents de clubs de rouvrir le dialogue, il en va de la survie de la culture populaire des stades.

Nicolas Bonnet, membre du conseil national du PCF en charge des sports

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